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Réflexion verte 1

9 janvier 2017 - Articles

 

Ô  sublimes moments de contemplation ! Ô mysticismes métaphysiques ! S’il existe de par ce monde, ou s’il a existé, quelques âmes dont le talent peut transcrire graphiquement ces instants éternels de paix avec le cosmos, il n’en ai point ici. Ne plus être, mais être, c’est accepter de ne plus distinguer entre la terreur d’être un homme et la merveille de l’être.

Plus qu’à son habitude, la présence d’autrui est nécessaire pour partager de telles histoires ; car plus encore que de s’approcher du sentiment que ces moments occasionnent, c’est l’excitation qu’il procure chez l’autre qui en fait toute la curiosité. Et si les langages écrits ou oraux permettent de révéler les sentiments, c’est seulement une fois combiné au langage corporel, dont le visage semble être la clé de voûte, et la spontanéité du discours que l’on peut, sans pour autant le comprendre, en extraire toute la substance.

Il en est pour qui ce sentiment est trop pur pour vibrer en permanence avec nos sens. Il en est qui défendent qu’il faille être protégé de cette splendeur, et c’est l’ego, véritable corne sur les mains de la conscience, qui assure cette tâche. Pour d’autres, pour avoir la possibilité de jouir de ces moments il nous faut parvenir à ébrécher nos certitudes dogmatiques sur la validité de nos perceptions et nos visions intimes du monde et de l’univers.

Dans ce terrain de jeu qu’est la vie, nous ne sommes pas seuls, il y a des espoirs, autant d’espoirs que de gamer. Individuellement, chaque avatar s’agrège avec certaines pensées collectives et se configure une stratégie pour surmonter les paradoxes. Et c’est heureux en effet, car à chaque nouveau gamer c’est une nouvelle vision du jeu qui s’ajoute, permettant aux autres gamers de profiter d’un gameplay plus large. Mais pour actualiser la version, là encore, il nous faut briser nos dogmes. Car la vie d’un Homme libre requiert la présence d’autrui, et perdus, seuls, sur nos îles respectives nous tentons vainement de voguer sur ce vaste océan d’îles-univers. Briser nos dogmes de compréhension, les transcender par ceux des autres, c’est se construire volontairement des outils de communication pour percevoir les réalités des autres îles.

Entreprendre de briser les dogmes, c’est admettre en soi cette volonté de distinguer les réalités entre elles. Mais, les mathématiques, considérés par beaucoup comme la science la plus pure, car la plus exogène à la volonté humaine, nous enseignent c’est l’incapacité même de l’espèce humaine à distinguer les réalités entre elles. Démontrer que deux propositions sont équivalentes revient à avouer qu’il existe une réalité où ces deux propositions sont identiques, mais que nous ne pouvons voir cette réalité directement. Pour se rendre compte de cette réalité il nous faut écrire la même chose sous une forme légèrement différente, il nous passer par des réalités sous-jacentes que nous acceptons similaires. Trouver une chose vraie et logique ne dépend que des étapes de la démonstration et de notre capacité à distinguer les réalités à travers ces étapes de raisonnement. Oui, nous sommes aveugles et la logique mathématique est une de nos cannes.

Aveu d’impuissance, mais point d’abandon au néant de la réflexion. Car cette canne nous apporte la possibilité de joindre les réalités individuelles si nous nous montrons suffisamment patients et pédagogues dans les démonstrations. Tout comme l’enfant qui a besoin de reconnaissance, et qui veut appartenir au monde des adultes, nous devons distinguer horloge et temps. Si la démonstration est hâtée, elle risque d’être inaccessible. Car tout comme lui nous pourrions prendre des raccourcis poussés par les vices de nos attentes. L’observation patiente et l’art de la communication nous permettent d’aller au-delà des dogmes, là où gisent les réalités elles-mêmes.

Mon amour se dissimule en tout, en toutes ces réalités. Il se trouve dans tous les êtres qui s’amusent des réalités. Tous ceux et celles qui se demandent pourquoi, à leur petite voie ou aux autres. Pourquoi ? Cette majestueuse question qui exprime à la fois la terreur et la merveille de la vie, car elle se répond à elle même. Même l’être omniscient se demande le pourquoi des Hommes, le pourquoi de cet illogisme pertinent.  Et s’il est de ces Hommes dont le cœur peut transposer ses jouissances et ses peines dans un autre cœur alors élève-toi pour apporter, dans le cœur de tous, cet équilibre du pourquoi. Car la mort est une étape du jeu de la vie, pas seulement celui des Hommes, et quoi de plus poétique que de croire que le sage, celui qui s’est demandé pourquoi trouve sa réponse, enfin, dans l’harmonie de  la danse synchronisée avec la mort au rythme de l’orchestre de la vie.

À la matière des démonstrations mathématiques, prenons conscience, page par page, sentiment par sentiment, individu par individu, des autres réalités et créons un avatar des réalités humaines. Car la vie humaine est un jeu de rôle aux règles instantanément dynamiques et l’espèce humaine, agrégat des âmes esseulées, en est l’avatar participatif.

Oui, j’ai l’espoir d’une version actualisée et dynamique de Babel qui ne sera permis que par des processus de discussions à son égale. Et à qui s’oppose à cela, à qui réponds que cet espoir n’est qu’une utopie, comme tu le sais, ô toi à qui ni mon cœur ni mon corps ne peut mentir, à cet adversaire je répondrais l’utopie n’est qu’une question de temps et de pondération dans les probabilités. Assurément le progrès en ce sens est cruellement lent, assurément une longue suite de génération périra sur la brèche avant que la victoire soit complète et que ce monde soit ce qu’il pourrait si facilement devenir si la volonté et le savoir ne faisaient pas défaut ; n’importe : l’Homme qui veut prendre une part, si modeste et obscure soit-elle, dans cet effort, y trouvera une noblesse jouissance, et ne consentira pas à l’abandonner pour céder à la séduction des satisfactions égoïstes.